En parler ça soulage, sauf que je ne peux pas le faire. Option de repli: l’écrire ici, où anonymement, discrètement, quelques personnes y feront attention. Et c’est tout.

Je fais quelque chose que j’aime beaucoup à l’instant, et ma tête est ailleurs. Même là je n’arrive pas à me concentrer tellement ça m’empoisonne.

Je fais le point et ça me fiche la trouille. J’ai les boules. Rien n’a changé, il n’y aucune amélioration dans ma vie, dans mon corps.

Pire: je vois le temps défiler, les choses et les gens changer, évoluer, et  je suis comme un mannequin dans la vitrine d’un grand magasin qu’on affuble des dernières fringues à la mode et qu’on oublie, que les passants regardent plus ou moins avec distraction, tandis que le paysage, les saisons défilent sous mes yeux et que je ne bouge pas d’un poil.

J’ai des choses plein la tête. Trop, beaucoup trop pour une seule tête. Hier je me suis surprise à sortir LES mots: rien n’a changé depuis l’année dernière ! En face la réponse fut: “je sais, je le vois bien.” Je le cache donc si mal que ça… A quoi ça sert de faire des efforts alors ?

Avant j’étais heureuse pour les autres quand il leur arrivait quelque chose de bien, maintenant je me sens juste un peu plus mal à chaque fois. Je n’arrive toujours pas à me projeter dans l’avenir, même à 6 mois, ma situation actuelle me donne la chair de poule et rien de mon passé ne parvient à me remonter le moral. Ce n’est que regret et chagrin.

J’ai toujours peur de prendre la mauvaise décision en toute circonstance. Résultat: soit je ne fais rien, je panique, soit je prends une décision trop ou pas assez réfléchie. Dans un cas comme dans l’autre j’en paie le prix.

Rien n’a changé: je suis toujours aussi mal dans ma peau, dans ma tête, dans ma vie.

Je me suis éloignée de mes amis, de mes proches, j’ai honte, je redoute les questions du genre “qu’est-ce que tu deviens ?” “tu as trouvé du boulot ?” etc. Les trois dernières expériences ont été catastrophiques et ont largement diminué mes chances d’en retrouver. Peur de l’environnement de travail, des responsabilités, des tâches à accomplir, des collègues et de la hiérarchie ? Déjà vu…

Je me suis faite une remarque il y a quelques semaines: je n’arrête pas de penser à un homme avec qui j’ai vécu une passion énormissime. Je suis sûre d’avoir pris la bonne décision (ah bon ??) en le quittant, mais je ressasse tout le temps cette période de ma vie. J’étais entourée, je voyais du monde, je passais du bon temps, je me faisais des amis, j’étais amoureuse, je vivais plein de choses. J’ai beaucoup souffert et malgré tout, tout ça me manque. Depuis ce temps là je n’ai jamais éprouvé de sentiments aussi forts pour quelqu’un. Je n’ai jamais plus eu de projets avec une autre personne. Depuis, cet homme là a refait sa vie, il est heureux ! Ce qui m’énerve ? Après avoir constaté qu’on était plus sur la même longueur d’onde, lui a su rebondir, évoluer, je l’ai même aidé pour ça. Il aurait dû m’arriver la même chose. J’aurais pris un nouveau départ, ma vie aurait pris un tournant et je serais passée à autre chose.

Oh oui ils s’en sont passées des choses depuis. Un autre homme avec qui j’ai passé une année géniale puis encore un nouveau travail, un autre appart, un autre mec.

Et entre temps un énorme craquage, il y a un an et demi. Il m’a fallu des mois pour remonter la pente après cet épisode. J’ai dû réapprendre tellement de choses du quotidien qui me faisaient paniquer, que je pensais insurmontables !

Arrive enfin LE boulot. Six mois de train-train, le rythme bateau de monsieur et madame tout le monde. Et puis crac. Une fois de plus… S’en sont suivies des galères et une situation qui n’a fait qu’empirer. Ma dernière opportunité a été avortée au bout d’une demie journée après laquelle j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Depuis je n’y arrive plus.

Dans 29 jours j’aurai 30 ans et je trouve ça très moche, très triste.

Je continue de pleurer. Je vis au crochet de mes parents. Mon petit ami fait preuve d’un calme et d’une compréhension incroyables face à ce qui m’arrive et au comportement plus que perturbant que je peux avoir, oscillant entre moments de bonheur tranquille, et longues durées de dépression.

Je ne vis pas. Je survis. Je m’accroche tant bien que mal à la malheureuse planche qui m’empêche de couler. Et je sais même pas pourquoi je fais encore ça.

Je lis, beaucoup par moments. Un peu de tout, mais davantage des livres “pratiques” pour organiser ma vie, mon espace de vie. Sur le moment ça me donne une impression de légèreté, de possibilité d’agir. Puis ça retombe.

J’ai réaménagé mon appart, je jette beaucoup de choses, le plus souvent possible, pour ne plus encombrer mon petit nid, ni ma tête. E-PU-RER !! Faire le vide. C’est vrai que ça aide dans un sens. Ne plus avoir les choses sous les yeux en permanence permet de ne pas ressasser aussi souvent. Mais il y a des limites à tout.

Je fais le strict nécessaire pour garder un semblant de rythme de vie normale. Le reste du temps je vis en retrait, dans ma cage dorée, ou par procuration. J’abrège les rencontres, les retrouvailles ou les rassemblements, j’évite les contacts et les lieux fréquentés, je me fais toute petite pour qu’on ne me voit pas.

Je rêve. Ca oui, je rêve. Mais mes rêves ont la limite de l’argent, car on ne peut plus faire grand chose gratuitement. Mes 30 ans ? Je ne pourrai même pas les fêter… Et je ne parle pas d’une fête avec des amis, où j’organiserais un truc sympa pour marquer le coup. Non, non, rien qu’avec ma famille ce ne sera pas possible, même eux je ne pourrai pas les réunir autour de moi à cette occasion. Alors je continue de rêver à ce que j’aimerais faire si j’avais une pièce au fond de ma poche, si j’avais assez de force pour assumer un emploi… Et je me remets à pleurer parce que ça ne fait que remuer le couteau de ma plaie de l’échec, de l’impensable.  Cercle vicieux de m** !!

Entre deux moments d’abattement je reprends le dessus, j’arrive quand même à faire une bricole. Mais c’est une goutte d’eau dans la mer, et je me trouve parfois pitoyable quand je réalise que j’ai besoin de me répéter “c’est bien, au moins je l’ai fait, c’est bien, j’y suis arrivée.” Voilà où j’en suis…

L’avenir ne s’annonce pas terrible, et y aura des jours où ce sera pire. Tous les jours (où presque) j’ai envie d’y croire, tous les jours je me dis qu’il ne faut pas abandonner au risque de rater quelque chose de formidable comme ça a déjà pu arriver dans le passé. Foutu espoir à la c** va !!

Edit 23h31 :  qui est-ce qui recommence à stresser le soir quand il faut aller se coucher ? Depuis 3 semaines, à moins d’être complètement nase et de sombrer vite fait, c’est galère pour Bibi…